dimanche, 21 octobre 2007
ARAGON, POÈMES DE RÉSISTANCE
C'est non seulement dans La Diane française (ensemble de poèmes publiés, clandestinement ou non, sous l'Occupation) mais après la guerre, dans Le Crève Coeur ou Le Roman inachevé (qui contient le poème sur "L'Affiche rouge") qu'Aragon évoqua la guerre, la résistance, les camps.
La soirée donnera l'occasion d'entendre ou de réentendre ces textes, des plus secrets aux plus célèbres - tels "La Rose et le réséda", qu'Aragon dédia à quatre résistants exécutés par les nazis, deux communistes et deux chrétiens: Gabriel Péri, d'Estienne d'Orves, Guy Môquet et Gilbert Dru.
La lettre de Guy Môquet, adressée à ses parents et à son frère, le 22 octobre 1941
Le 20 octobre 1941, le commandant des troupes allemandes d'occupation de la Loire-Inférieure, est victime d'un attentat à Nantes. Sur ordre spécial d'Hitler, les autorités nazis décident une répression exemplaire de cet acte qu'elles qualifient de terroriste. Le lendemain, une proclamation indique qu’au moins 50 otages seront fusillés si les tireurs ne se livrent pas. Deux jours plus tard, 48 otages sont fusillés : 27 internés du camp de Châteaubriant, supposés communistes, sont exécutés à la Sablière, vaste carrière à la sortie de Châteaubriant, 17 à Nantes, et 4 au Mont Valérien à Paris. Parmi ceux du camp de Châteaubriant, figure Guy Môquet, le plus jeune des fusillés : il a 17 ans. Il était né le 26 avril 1924. Il refuse que ses camarades intercèdent en sa faveur. Tous refusent qu'on leur bande les yeux, et crient « Vive la France ! » avant de s'écrouler...
"Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,
Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans 1/2, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.
Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime.
Guy
Le même jour Guy Môquet écrit un billet à une jeune fille de dix-sept ans, qu'il surnommait « Épinard » : « Ma petite Odette, Je vais mourir avec mes 26 camarades, nous sommes courageux. Ce que je regrette est de n'avoir pas eu ce que tu m'as promis [...] Guy ». Un gendarme remet ce billet à Odette, après lui avoir précisé que Guy était amoureux d'elle. Elle ne le savait pas. Guy lui avait dit un jour « est-ce que tu serais d'accord pour me faire un patin ? » Et moi qui ne savais pas du tout ce que c'était, dit-elle, j'avais répondu « Si tu veux ». Madame Odette Nilès est aujourd'hui présidente de l’Amicale de Châteaubriant.Aragon, le Témoin des martyrs
« Fais en un monument. » C’est en substance ce qu’aurait fait dire Jacques Duclos - qui anime la direction clandestine du PCF - à Aragon en lui transmettant les renseignements recueillis sur place et les lettres des internés de Châteaubriant. Ce texte, imprimé en tracts répandus dans toute la France en 1942, a été lu à Radio-Londres et Radio-Moscou. La presse alliée l’a publié. Ces pages bouleversantes ont fait le tour du monde. Elles étaient signées « le Témoin » par celui qui, animant la Résistance intellectuelle de la zone Sud, adopta aussi le nom de François la Colère...
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mardi, 01 mai 2007
"Chemins et rencontres", de Hugo von Hofmannsthal
L'art du voyage immobile, Lire une critique...
« Bonheur manqué », BE
Recueil de trois nouvelles de Hugo Von Hofmannstahl, découvert par hasard à la librairie du Théâtre de la Colline, le dimanche après-midi 29 avril.
« Bonheur manqué », la première de ces trois nouvelles, seulement douze pages, écrites en 1893. Une histoire simple, comme épurée, sans aucun mot inutile : la mer méditerranée, un soleil d’été, une fin d’après-midi, deux bateaux qui s’approchent l’un de l’autre, se croisent, puis s’éloignent. Une jeune femme sur le pont... Ne la connaîtrait-il pas ? Aucun mot échangé, que des images, et peut être aussi des regards, dans un mouvement ample et lent, que l’on ne peut arrêter. Et pourtant, à un certain moment, très bref, un instant immobile d’éternité : des impressions qui se gravent et que l’on ne perdra jamais…
C’est parce que cette rencontre s’est déroulée ainsi, en un simple effleurement, que l’émotion était si forte, si pure, qu’elle restera intacte, sans que le cours du temps puisse avoir pour effet de la désagréger. En lisant cette nouvelle je me suis remémoré un texte de Maupassant. C’était au même endroit et au même moment sur la mer, à brève distance de la côte, qui s’effaçait sous la lumière d’été. Je ne me rappelle plus du titre ? Les mêmes images me sont revenues. Mais ici, l’évocation est plus profonde, plus subtile, plus émouvante, plus troublante...
Il la rencontre, et immédiatement elle s’enfuit, après un sourire, sans s’être jamais arrêtée. Comme une silhouette qui s’éloigne progressivement sous une averse de neige. Il avait eu l’impression d’approcher un état magique, soudain arraché au rythme du quotidien. Et déjà il se retrouvait brutalement seul. Une solitude violente, à la mesure de l’éblouissement de cet instant de bonheur, déjà achevé. Reviendra-t-elle ? Il l’espère, tout en sachant que c’est impossible. Avec cette saveur âcre de la conscience du caractère irrémédiable de la finitude d’un bonheur manqué.
Cette nouvelle de Hugo Von Hofmannstal se présente comme un long travelling de caméra, on dirait cette séquence du tournage dans "La nuit américaine" de François Truffaut. Moteur ! Et la vie se déroule immédiatement, trop rapide, trop complexe, plus intense que le temps qu’il faudrait pour la penser.
Je relis à nouveau cette nouvelle, je me replonge dans sa musique. Une musique qui fait flotter, qui permet de faire revivre des images enfouies, d’approcher à nouveau un bonheur perdu.
Premier tableau : l’image de la côte qui s’éloigne peu à peu…, trois dauphins aperçus furtivement, comme un jaillissement d’or, et puis le vide scintillement lisse de la mer.
Deuxième tableau : un rêve mythologique, et à nouveau la mer étincelante et vide, rien que le ruissellement de la brise.
Troisième tableau : un navire se rapproche, des impressions diffuses émergent, et le désir de capter au-delà, avec une longue vue.
Quatrième tableau : la découverte d’une jeune femme blonde sur le pont. Il ne sait encore que deux choses, évidentes : elle est très belle et il la déjà rencontrée quelque part. Mais ou ?
Cinquième tableau : une valse qui vous emporte... je sentis monter en moi quelque chose d’indistinct, de doux, de tendre, venu du passé. Oui, je la reconnaissais. Les mouvements, peut être plus que les mots, recèlent un nombre infini de choses.
Sixième tableau : Elle s'éloigne déjà, et avec elle ce bonheur qui s’enfuit, sans disparaître totalement, un mélange de vide et d'espoir, la marque de ces trois points de suspension…
La biographie de Hugo von Hofmannsthal sur le site du Théâtre de la Colline à Paris (1874-1929)
Poète, auteur dramatique autrichien né à Vienne dans une famille d’origine juive, convertie au catholicisme. À 17 ans, il publie ses premiers poèmes et rencontre aussitôt la célébrité avec un premier drame en vers, Hier. Jusqu’en 1905, il compose de nombreux drames en vers : La Mort du Titien (1892), Le Fou et la Mort (1893), des poèmes. Il voyage à travers toute l’Europe, noue des liens avec le groupe de la NRF, mais cette brillante réussite dissimule de graves crises morales qui le conduisent à abandonner la poésie pour se tourner exclusivement vers le théâtre, le roman, l’opéra (à la suite de sa rencontre avec Richard Strauss, qui lui demande son consentement pour mettre en musique sa tragédie Électre, en 1906, prélude à d’autres ollaborations). Comédie et tragédie alternent dans son activité théâtrale, marquée en outre par la collaboration avec le metteur en scène Max Reinhardt, avec lequel il fonde en 1922 le Festival de Salzbourg.
La Première Guerre mondiale marque une fracture intime dans sa vie publique et privée : elle le conduit peu à peu à prendre la défense de l’idée de l’Europe et fait de lui, avec Valéry et Zweig, l’un des précurseurs de l’unité européenne, dont il se fait une idée culturelle plus qu’économique. Il s’engage par des articles, des conférences, des collections qu’il dirige, une revue, sans renoncer à revendiquer son identité autrichienne : pour lui, l’Autriche, État multinational, peut fournir un modèle pour penser un véritable cosmopolitisme européen.
Après la guerre, il continue de travailler ses principaux chefs d’œuvre : La Tour (1926), Andreas roman qu’il laissera inachevé, La Femme sans ombre, L’Homme difficile (1921)… Il publie également des textes plus secrets, comme Le Livre des amis (1921), recueil d’aphorismes. En janvier 1927, il donne une conférence à l’Université de Munich sur Les Écrits comme espace spirituel de la nation, qui fait rétrospectivement figure de testament spirituel. Le 15 juillet 1929, il meurt d’une congestion cérébrale, lors de l’enterrement de son fils Franz, qui s’était suicidé deux jours plus tôt.
Ses lettres à Rainer Maria Rilke, écrites entre 1902 et 1925, révèlent tout particulièrement la profondeur de son écriture.
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dimanche, 05 novembre 2006
Silence en octobre, de Jens-Christian Grondahl
Un matin Astrid est partie, par Pascale Frey, Lire, mars 1999
"Un matin, sans que rien l'ait laissé prévoir, Astrid est partie. Elle a juste prévenu son mari qu'elle s'en allait. Pour quel pays, pour combien de temps, il n'en sait rien. Seuls les relevés de carte de crédit qu'il reçoit régulièrement lui permettent de comprendre qu'elle refait le voyage qu'ils ont effectué sept ans plus tôt.
Ce brusque départ pousse le narrateur, un historien d'art spécialisé dans la peinture américaine, à se pencher sur leur passé. Ils se sont rencontrés de manière romanesque, une vingtaine d'années auparavant. Lui arrondissait ses fins de mois en conduisant un taxi. Elle, venait de quitter un mari célèbre, cinéaste et coureur impénitent. Son petit garçon sous le bras, elle se glissa dans un taxi, ne sachant où aller. Le chauffeur lui proposa de lui prêter son appartement, le temps de se ressaisir. Les jours passèrent et ils ne se quittèrent plus.
Au fil des années, leur relation s'est enrichie, même si Astrid reste une personne secrète et le mari un homme tourmenté. Dans cette quête qui permettrait à ce dernier de comprendre le comportement de sa femme, il va devoir réinventer leur existence, la recréer à partir des éléments dont il se souvient. «Tout en brodant mon histoire, je me rends compte à quel point une vie reste pleine d'ombres et de silences. Comment prend-elle forme? Pourquoi a-t-elle pris cette direction-là, cette direction décisive?»
Perpétuel aller et retour entre passé et présent, ce roman qui aurait pu n'être qu'un ouvrage de plus sur les déboires conjugaux d'un couple dans la force de l'âge, ressemble davantage à une réflexion sur deux existences qui, un jour, voient une trajectoire apparemment toute tracée prendre de drôles de détours."
Deux sites sur l'auteur Jens-Christian Grondahl et aussi...
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mercredi, 26 avril 2006
Le bonheur à Strasbourg, de Gabriel Matzneff
A propos de mon travail, une parenthèse. Aux lecteurs (et en particulier aux accros de ce site) qui semblent catastrophés lorsque j’annonce que je suspends la publication de mon journal intime et se réjouissent d’apprendre que je suis revenu sur cette décision, je vais livrer un secret : un écrivain se dévoile, se confesse plus dans ses œuvres de fiction que dans ses carnets intimes. Le journal de Tolstoï est passionnant, celui de Dostoïevski ne l’est pas moins, mais si vous désirez connaître leurs passions inavouables et les abîmes de leurs cœurs, ce ne sont pas leurs journaux (publiés l’un et l’autre dans la très respectable bibliothèque de la Pléiade) que vous devez étudier, explorer ; ce sont leurs romans, leurs pages en apparence imaginaires. Eh bien, pour moi, admirateur de ces deux grands maîtres du Verbe, c’est la même chose, et des romans comme Ivre du vin perdu et Mamma, li Turchi !, des recueils de poèmes tels que Douze poèmes pour Francesca et Super flumina Babylonis vous en apprennent plus sur moi que les dix tomes de mon journal intime déjà publiés et la dizaine de volumes encore inédits. Je n’écris pas cela pour vous dissuader de lire mon journal intime, auquel j’accorde une grande importance et qui, lorsqu’il aura été publié dans son intégralité, reconstituera la vie d’un homme qui a osé vivre ses passions à fond la caisse, mais parce que, dans l’ordre esthétique (et peut-être psychanalytique), telle est la vérité.
Certes, la publication de mon journal 1988-2006 apportera à mes lecteurs des lumières sur le rôle joué par l’Alsace (et la Lorraine ! N’oublions pas la Lorraine !) dans ma vie amoureuse. Il n’en demeure pas moins que ceux qui, oubliant que l’important, c’est l’écriture, le style, la langue et la musique de la langue, sont surtout avides d’informations d’ordre intime, pourraient, s’ils s’en donnaient la peine, découvrir dans mes poèmes, récits et romans publiés entre 1988 et 2006 ce que fut ma vie amoureuse durant ces dix-neuf dernières années.
Je songeais à cela en cette belle journée du vendredi 21 avril où, invité à Strasbourg par la librairie Kléber pour présenter Voici venir le Fiancé, je remettais mes pas dans celles de mes amours mortes. C’était ensemble très agréable – chaleur, soleil, ciel bleu, les terrasses pleines de badauds en tenue légère, on se serait cru au mois de juin – et mélancolique, car les jeunes filles que j’ai aimées dans cette ville, Véronique B., Claire B., Evelyne J., celle que j’ai aimée à Nancy, Géraldine A., sont sorties de ma vie amoureuse : l’une est restée une amie, les trois autres ont disparu, peut-être sont-elles mariées, peut-être sont-elles mortes, c’est la même chose, et nos amours n’échappent à la destruction et à l’oubli que grâce aux pages qu’elles m’ont inspirées (ainsi qu’aux lettres qu’elles m’ont écrites et à leurs photos). Si mes pages sont belles, un amateur de littérature observera que c’est l’essentiel, mais tandis que je m’installais à l’Hôtel de la Cathédrale – les fenêtres de ma chambre s’ouvraient, comme jadis, sur l’enchanteresse façade de la basilique -, je me surprenais à songer que la littérature était peu de chose, que l’art vainqueur de la mort n’était qu’une illusion, une illusion charmante et sublime certes, mais néanmoins une illusion, comme était peut-être illusoire le cri de « Christ est ressuscité ! » qui le lendemain soir – ce vendredi 21 avril était le vendredi saint - retentirait dans toutes les églises orthodoxes de la planète. Peut-être, somme toute, le Christ n’était-il pas ressuscité ; peut-être, somme toute, était-ce la mort qui à la fin triomphait, et non l’amour, qu’il fût humain ou divin.
Mon humeur était cafardeuse, et, c’est le moins qu’on puisse dire, je n’étais pas dans les meilleurs dispositions pour parler de mon nouveau roman, Voici venir le Fiancé, dont un des thèmes cardinaux est précisément la victoire de l’amour sur le reniement, et celle de la mémoire sur l’oubli. Pourtant, en quelques minutes ma disposition d’esprit allait se transformer. Miracolo ? Oui, si la gentillesse, la sympathie, l’intelligence sont un miracle. Dès que, échappant à la solitude et à mes moroses rêveries, je retrouvai mes hôtes de la librairie Kléber (l’impétueux François Wolfermann, la jolie Sophie Balland) et de la mairie (le courtois Laurent Husser) à la terrasse ensoleillée d’un restaurant, mes idées noires cédèrent le pas aux rires et à la bonne humeur.
Je ne fais quasiment jamais de signature dans les librairies. J’ai, à l’instar de mon bon maître et ami Cioran, une conception clandestine de la place qu’un artiste doit occuper dans la société. Je n’aime pas à me montrer, je n’aime pas la vie mondaine, les réunions où des gens que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam se permettent de vous adresser la parole sur un ton désinvolte comme s’ils étaient de vos familiers, où vous êtes amené à dîner avec de prétendus lecteurs dont vous ne savez même pas le nom, qui n’ont jamais manifesté ne fût-ce que par une lettre l’intérêt qu’ils portent à votre travail, des snobs qui ensuite déclarent en se rengorgeant qu’ils vous connaissent très bien (« Je dînais encore avec lui la semaine dernière »), oui, j’ai horreur de ce genre-là, et c’est pourquoi je n’accepte que très rarement les invitations à paraître en public, le contact direct avec mes lecteurs. Avec certaines de mes lectrices, c’est différent, cela relève non de la vie littéraire (qui me fait chier), mais de la vie privée (qui seule me captive).
Mes confrères qui font le tour de France des librairies, qui sont sans cesse à participer à des émissions, à des débats, à des colloques, qui adorent se mettre en avant, serrer des mains, rencontrer de gens, tutoyer n’importe qui, ont assurément d’excellentes raisons d’agir de la sorte. Comme l’écrit Sade, « tous les goûts sont dans la nature et le meilleur est celui qu’on a ». Je ne juge donc personne, mais moi je persiste à être insaisissable, à jouer l’homme invisible. Je déteste être reconnu et, quand dans la rue un quidam m’abordant sans se présenter m’apostrophe avec un « Vous êtes Gabriel Matzneff ? », je passe mon chemin. Je ne supporte ni le sans-gêne ni la familiarité. Je ne suis pas favorable à la peine de mort, mais je serais partisan de la rétablir pour les crimes de sans–gêne et de familiarité. Si l’on fusillait tous les individus mal élevés, la société y gagnerait beaucoup.
Donc, une vie cachée, peu d’apparitions en public. Il y a toutefois des exceptions et la librairie Kléber en est une. Je garde un excellent souvenir de toutes les fois où j’y ai été invité, et cette ultime rencontre autour de Voici venir le Fiancé a été spécialement réussie. Cette réussite est due à l’excellent travail de François Wolfermann, de Sophie Balland et de Laurent Husser que j’ai déjà nommés, et aussi à la jeune photographe Sandra Klein, à Marc Jarry qui m’a interrogé devant le public réuni dans un des magnifiques salons de l’Hôtel de Ville, aux lectrices et aux lecteurs qui ont assisté à cette rencontre, puis au café littéraire qui a suivi, à Jean-Louis de Valmigère, patron de « Chez Yvonne », le succulent restaurant de la rue du Sanglier où – après l’effort, le réconfort – nous nous sommes tapé la cloche (le voyage, comme chacun sait, suspendant le jeûne) jusques à tard dans la nuit. Oui, le bonheur à Strasbourg. Certains de mes personnages – Nathalie, Nil, Béchu, Dulaurier, Dolet, la princesse Antropozof, pour n’en citer que quelques uns – sont d’incorrigibles ronchons, et ils ont raison de l’être. Moi aussi je suis un opiniâtre Monsieur Grognatout. Vitupérer l’époque ne m’a toutefois jamais empêché de savoir cueillir les instants de félicité qui s’offrent à moi, de boire le calice des plaisirs que me tend mon ange gardien et d’en jouir jusqu’à la dernière goutte.
Gabriel Matzneff
www.matzneff.com
le 26 avril 2006
21:40 Publié dans 7 - Livres et lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 26 mars 2006
Librairies, bibliothèques, cafés littéraires...
DEUX LIBRAIRIES :
La librairie Kléber : 1, rue des Francs Bourgeois, 67000 Strasbourg, Tél: 03 88 15 78 88, Fax: 03 88 15 78 80, site internet.
La librairie Quai des Brumes : 120, Grand’ Rue, 67000 Strasbourg, Tél : 03 88 35 32 84, Fax : 03 88 25 14 45, E-mail, site internet, La lettre de Quai des Brumes de la rentrée 2006.

DEUX BIBLIOTHEQUES...
La Bibliothèque départementale du Bas Rhin
La Bibliothèque municipale de Strasbourg : on peut y télécharger le programme des évènements du mois.
LA TINTA CAFE LITTERAIRE, 36 bis, rue du bain aux plantes, 67000 strasbourg, tél : 03.88.32.27.94, courriel.
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